Tous présidents ! Pour sa quarantième édition, le Livre sur la Place a l’honneur d’accueillir à sa tête les dix académiciens Goncourt. Nous leur avons posé les dix mêmes questions.

Avec Virginie Despentes, native de Nancy, Philippe Claudel le Dombaslois est chez lui au Livre sur la Place, où il a reçu pour son premier roman « Meuse l’oubli » la Feuille d’or en 1999. L’écrivain, dramaturge et cinéaste a publié ce printemps « L’Archipel du Chien », une œuvre prenante sur le drame des migrants, et il s’est engagé avec force en faveur du réalisateur ukrainien Oleg Sentsov, en grève de la faim dans les geôles de Vladimir Poutine.

Philippe Claudel © DR

L’Académie Goncourt soutient depuis ses débuts le Livre sur la Place et cette année, ses dix membres ont accepté d’en présider la quarantième édition. Quel est, selon vous, le secret de cette longévité et de cette fidélité ?
Le Livre sur la Place a su traverser les années en s’adaptant, en répondant aux attentes du public et en l’amenant aussi à sortir des formules trop convenues qui ont asphyxié les traditionnels salons du livre. Mais si sa longévité est telle, c’est bien évidemment parce que chaque année des dizaines de milliers de visiteurs et de lecteurs le fréquentent, le supportent, le plébiscitent.

Pourquoi, à titre personnel, et lorrain, aimez-vous Nancy ?
J’ai déjà tellement répondu à cette question que je ne sais plus quoi dire. Nancy est une ville à taille humaine, agréable à vivre, où le stress, les embouteillages et les tensions sont absentes.

D’un adjectif, comment pourriez-vous qualifier le Livre sur la Place ?
Intense.

Si vous deviez imaginer un slogan pour la manifestation, quel serait-il ?
Quatre jours d’intelligence et d’humanité.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez de l’une ou l’autre des éditions à laquelle vous avez participé ?
Revoir mes anciens maîtres et professeurs qui sont souvent venus me saluer.

Grâce au parrainage de l’Académie Goncourt, le Livre sur la Place est devenu le premier salon de la rentrée littéraire. Auteurs et éditeurs sont en nombre. Et cette année, pour la première fois, vous allez révéler votre sélection de romans goncourables. Deux mois avant son attribution, le prix Goncourt se dessine-t-il plus que jamais à l’ombre de Stanislas ?
En tout cas, le vote de notre première liste se fera aux abords de la Place. Le duc lettré nous aidera-t-il à faire un bon choix ? Je l’espère, mais je sais aussi que nous ferons une dizaine d’heureux et malheureusement beaucoup de déçus. C’est ainsi, à Nancy ou ailleurs.

Qu’est-ce qu’un bon Goncourt ?
Le choix d’un roman qui nous paraît important, et qui parvient à satisfaire les lecteurs exigeants comme les lecteurs occasionnels.

Vous êtes les premiers prescripteurs de livre en France. Votre choix littéraire est aussi un enjeu financier. Comment vivez-vous cette gageure ?
Il faut que nous le sachions et aussi que nous l’oubliions. Ce genre de considération ne doit pas nous occuper.

Vous avez succédé à Jorge Semprun au neuvième couvert de l’Académie. Comment vous inscrivez-vous dans cet héritage ?
C’est le hasard qui nous fait élire à tel ou tel couvert. Il n’y a donc aucun héritage à supporter ni droit d’inventaire à exercer par rapport à nos prédécesseurs. Carco fut aussi à ce couvert. J’ai beaucoup aimé le lire dans ma jeunesse. Le Semprun qui m’intéresse n’est pas forcément celui de tout le monde, c’est davantage l’homme de cinéma, le scénariste de Costa Gavras, que le témoin de l’expérience concentrationnaire.

Comment voyez-vous l’Académie et le prix dans dix ans ?
L’Académie et le prix sont des institutions, symboliques de la France des lettres. Ils sont connus dans le monde entier, et respectés. Ils sont chez nous un véritable lieu de mémoire. Les femmes et les hommes qui se succèdent autour de la table ronde de chez Drouant n’ont que peu d’importance, moi le premier. Si nous ne sommes plus là, d’autres nous remplaceront et poursuivront la tâche. C’est cela qui importe.