Tous présidents ! Pour sa quarantième édition, le Livre sur la Place a l’honneur d’accueillir à sa tête les dix académiciens Goncourt. Nous leur avons posé les dix mêmes questions.

Après Mozart et Beethoven, un autre compositeur est au cœur du dernier opus d’Eric-Emmanuel Schmitt : « Madame Pylinska et le secret de Chopin », un récit-roman aux accents philosophiques. L’écrivain, auteur de théâtre lu et représenté dans le monde entier, est aussi un interprète : il joue en cette rentrée, pour 30 représentations exceptionnelles au Théâtre Rive Gauche à Paris « M.Ibrahim et les fleurs du Coran ». l’un de ses grands succès.

L’Académie Goncourt soutient depuis ses débuts le Livre sur la Place et cette année, ses dix membres ont accepté d’en présider la quarantième édition. Quel est, selon vous, le secret de cette longévité et de cette fidélité ?
On ne se montre fidèle que si, des deux côtés, on a de fortes raisons de l’être. Pour nous, Le Livre sur la Place s’affirme comme une manifestation exceptionnelle, passionnée et passionnante, classieuse et populaire, aussi agréable pour les écrivains que les lecteurs. Elle ouvre magistralement la saison littéraire.

Pourquoi, à titre personnel, aimez-vous venir à Nancy ?
Mille détails : les tartes aux mirabelles, la place Stanislas, les macarons, les organisatrices, le public fin et respectueux, la beauté de certaines rues.

D’un adjectif, comment pourriez-vous qualifier le Livre sur la Place ?
Initiatique.

Si vous deviez imaginer un slogan pour la manifestation, quel serait-il ?
Avec Le Livre sur la place, vous éviterez le surplace.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez de l’une ou l’autre des éditions à laquelle vous avez participé ?
Le pire souvenir : la première fois, il y a presque trente ans, où une seule personne a pris mon premier roman en deux jours. Le meilleur souvenir : une lecture de mes textes à l’Opéra avec Francis Huster.

Grâce au parrainage de l’Académie Goncourt, le Livre sur la Place est devenu le premier salon de la rentrée littéraire. Auteurs et éditeurs sont en nombre. Et cette année, pour la première fois, vous allez révéler votre sélection de romans goncourables. Deux mois avant son attribution, le prix Goncourt se dessine-t-il plus que jamais à l’ombre de Stanislas ?
Plus que jamais, on peut le dire. Nos archives sont conservées à Nancy et Françoise Rossinot devient la Secrétaire de l’académie Goncourt.

Qu’est-ce qu’un bon Goncourt ?
Un roman qui touche autant les lettrés que le grand public.

Vous êtes les premiers prescripteurs de livre en France. Votre choix littéraire est aussi un enjeu financier. Comment vivez-vous cette gageure ?
Je n’y pense pas une seconde. En revanche, j’ai l’obsession de ne pas décevoir les lecteurs qui ont confiance dans l’étiquette Prix Goncourt.

Vous avez succédé à Edmonde Charles-Roux au deuxième couvert de l’Académie. Comment vous inscrivez-vous dans cet héritage ?
On m’a élu à un très beau couvert, celui de Huysmans, Jules Renard, Sacha Guitry et Edmonde Charles-Roux. Je n’aurais jamais la beauté ni le charme de cette dernière ; en revanche j’essaie d’avoir son sérieux.

Comment voyez-vous l’Académie et le prix dans dix ans ?
Le prix Goncourt croît chaque année en importance, parce qu’il a un siècle de racines et parce qu’il produit lui-même d’autres prix qui passionnent la jeunesse. Je considère que nous avons maintenant deux Prix Goncourt qui provoquent des raz de marée en librairie, car le Prix Goncourt des Lycéens, établi sur notre première liste, rayonne aussi. Nous développons en ce moment les Prix Goncourt Choix de tel ou tel pays (Italie, Pologne, Moyen-Orient, etc.) sur le modèle de Prix Goncourt des Lycéens : les étudiants francophones ou francophiles partent de notre première liste et votent après de nombreuses délibérations. Voilà une façon efficace de faire voyager la littérature contemporaine française.