Tous présidents ! Pour sa quarantième édition, le Livre sur la Place a l’honneur d’accueillir à sa tête les dix académiciens Goncourt. Nous leur avons posé les dix mêmes questions.

Avec La Punition paru cette année, Tahar Ben Jelloun décrit l’enfer du camp disciplinaire où il a été jeté dans les années 60 pour avoir osé manifester, étudiant, contre le régime du roi Hassan II. Un « festival de maltraitances physiques et morales », dit-il. C’est aussi dans cet univers répressif que le futur prix Goncourt a commencé à écrire, sans savoir s’il s’en sortirait un jour. Auteur francophone le plus traduit au monde, l’écrivain et poète est aussi un peintre, dont l’une des œuvres sert de couverture au Quarto Gallimard qui réunit onze de ses romans dont La Nuit sacrée. J’écris sur la douleur du monde et je peins la lumière du monde » affirme-t-il.

Tahar Ben Jelloun © Francesca Mantovani

L’Académie Goncourt soutient depuis ses débuts le Livre sur la Place et cette année, ses dix membres ont accepté d’en présider la quarantième édition. Quel est, selon vous, le secret de cette longévité et de cette fidélité ?
C’est la rencontre et la collaboration de deux instances d’exigence. C’est normal que l’Académie Goncourt soit présente avec ses dix membres pour la quarantième édition de cette manifestation exceptionnelle.

Pourquoi, à titre personnel, aimez-vous venir à Nancy ?
Je suis toujours venu à Nancy pour la cause littéraire. Avant, je venais défendre mes livres, aujourd’hui j’aime être à Nancy parce que c’est la plus belle fête du livre en France.

D’un adjectif, comment pourriez-vous qualifier le Livre sur la Place ?
Le Livre sur la Place, c’est le souk des mots, le moussem [saison festive, ndlr] de la littérature.

Si vous deviez imaginer un slogan pour la manifestation, quel serait-il ?
Le livre sur la place et dans les cœurs.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez de l’une ou l’autre des éditions à laquelle vous avez participé ?
Toutes les éditions se ressemblent par l’efficacité de l’organisation. Mes meilleurs souvenirs, ce sont les séances de dédicaces où je retrouve mes lectrices.

Grâce au parrainage de l’Académie Goncourt, le Livre sur la Place est devenu le premier salon de la rentrée littéraire. Auteurs et éditeurs sont en nombre. Et cette année, pour la première fois, vous allez révéler votre sélection de romans goncourables. Deux mois avant son attribution, le prix Goncourt se dessine-t-il plus que jamais à l’ombre de Stanislas ?
Impossible de répondre à cette question. Le Prix Goncourt ne se dessine pas deux mois avant, pas même la veille de nos délibérations.

Qu’est-ce qu’un bon Goncourt ?
Un bon Goncourt est un bon roman ambitieux qui doit toucher un grand public, un public exigeant et amoureux de la littérature.

Vous êtes les premiers prescripteurs de livre en France. Votre choix littéraire est aussi un enjeu financier. Comment vivez-vous cette gageure ?
Nous nous en tenons aux qualités littéraires. Le reste n’est pas de notre ressort.

Vous avez succédé à François Nourissier au sixième couvert de l’Académie. Comment vous inscrivez-vous dans cet héritage ?
J’ai aussi succédé à Queneau. On n’est pas coopté en fonction du couvert qu’on hérite. Mais on respecte nos prédécesseurs.

Comment voyez-vous l’Académie et le prix dans dix ans ?
De plus en plus importante parce que son rôle est de faire lire les Français et aussi les étrangers puisque le Goncourt est souvent traduit en plus d’une quarantaine de langues.