La Dictée pour les nuls proposée par Jean-Joseph Julaud et lue par Alain Mabankou s’est déroulée dimanche 9 septembre au Musée-Aquarium de Nancy.

Dimanche 9 septembre 2018

La dictée pour les Nuls

Le livre sur la place, Nancy

La poire du bey

Près des rivages de la mer Tyrrhénienne et de la mer Ionienne, en Calabre, ont toujours été cultivés avec soin l’agrume joli, les primeurs gorgées de soleil et le bergamotier. Le fruit de celui-ci porte un nom fort connu des Nancéiens : la bergamote !

Outre son étymologie incertaine – est-ce la poire du bey, dignitaire de l’Empire ottoman, est-ce un fruit né chez les Ibères ? – le terme bergamote a toujours instillé dans la mémoire de celui qui l’écrit un léger doute : sa dernière syllabe ressemble-t-elle à celle d’échalote ? de papillote ? de cancoillotte ? de pâlotte ? de jugeote ? de chochotte ?

Fin de la dictée juniors

Beaucoup se sont vu envahir par les affres désordonnées d’un pyrrhonisme exacerbé avant de trouver le moyen mnémotechnique qui permettra à coup sûr que vous l’orthographiiez sans fautes.

Revenons à l’histoire du fruit.

On sait qu’il en est fait mention dans un ouvrage du distillateur de Stanislas Leszczynski en mille sept cent cinquante et un. Les papilles du duc de Lorraine et de Bar s’étaient laissé séduire par la saveur acidulée de l’essence dudit fruit. Encore fallait-il qu’on l’acheminât jusqu’à lui !

Dans les ports, il en arrivait des galiotes surchargées, ballottées par les vagues bleu clair qui donnent aux marins la tremblote ! Par voie terrestre, les pèlerins qui ont toujours la bougeotte en rapportaient de pleines hottes, voyageant de gargote en paillote.

Il fallut que, vers 1860, les savoir-faire d’un confiseur et d’un parfumeur se mêlassent pour que naquît l’exquise pastille translucide aux jaunes safran, aux oranges clairs.

Aujourd’hui, bien qu’elle taquine parfois les quenottes et agace la glotte, la pastille de bergamote demeure l’antidote rêvé contre toute forme de mélancolie, bien plus efficace que n’importe quelle ribote !

Ainsi prend fin cette dictée rigolote…

Jean-Joseph Julaud

Phrase-torpille Nancy 2018, pour les experts (Julien Soulié)

Qu’on n’ait garde d’appliquer aux fruits beylicaux des tons lie-de-vin, coq de roche, gorge-de-pigeon, queue de vache, beurre-frais ou feuille-morte : fût-ce des beurrés Hardy appréciés des Stambouliotes, des doyennés parfumées, des poires duchesse, voire Belle-Hélène, ayant crû et recrû non loin de la Porte et du Divan, entre Mysie, Pamphylie, Lycie et Cilicie, la ghréline orexigène n’en pourrait mais !